Retour courses 2011

Présentation Trans 333

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La course

L'après course

 

Putain ! 2 ans …
J. Chirac, les Guignols de l’Info, 1993



Voilà une expression qui colle bien avec cette Trans 333.

2 ans !

2 ans que j’attends de revenir sur la 333.
En 2009, j’étais parti avec l’Electron sur l’édition marocaine de cette épreuve mythique organisée par Alain Gestin, mais une violente chute, une semaine avant lors d’une course d’orientation, m’avait alors obligé à prendre le départ avec une côte fêlée…

Résultat des opérations, une impossibilité de courir (mais heureusement je marche assez vite et surtout de façon assez régulière), mais au bout de 140km, il m’avait quand même fallu jeter l’éponge, le choc du sac à dos à chaque pas devenant insupportable, même avec les anti-douleurs.

Bref, j’étais alors rentré seul en France, l’Electron ayant pris la décision de rester là bas, dans une petite auberge appelée la « boussole du Sahara »

2 ans plus tard, me voilà à Orly Sud prêt à embarquer pour Ouarzazate via Casablanca

Toute ma saison 2011 a été construite pour m’amener au mieux sur cet objectif. Une saison exclusivement consacrée à l’endurance avec des épreuves comme le Raid 28 (90km), l’Ecotrail (80km), un 24heures (155km), et où seule ma participation à la CCC (90km) ne répondait pas strictement à mes critères de sélection (course de montagne). Mais c’était à la fois pour conjurer un sort et pour partager l’épreuve avec les copains de Bled Runner.

Autre point positif, j’ai atteint tous les objectifs que je m’étais fixé cette année. A commencer par mon meilleur classement sur le Raid 28 (6ème) grâce à une équipe haut de gamme, un Ecotrail géré tranquillement mais avec presque 1h de marge sur l’objectif initial, un record perso sur 24h (de 144 à 155km) et la CCC que je boucle en 23heures malgré une nuit assez difficile côté météo. Bref une saison de bonheur.

Seulement l’entraînement ne suffit pas pour une 333. Il faut d’autres composants peut-être moins faciles à maîtriser.

Tout d’abord l’envie. Ce n’est pas une épreuve où on va juste comme ça pour voir. Ce type d’épreuve et l’engagement physique et mental que cela demande nécessite d’avoir faim, la niaque, l’envie de la faire. Et cette année c’est le cas.

L’autre point c’est le mental. Lié à l’envie mais en plus subtil. Là-dessus je pense avoir pas mal progressé ces dernières années, et les grosses baisses de moral qui m’ont parfois poussées à pratiquer « l’abandon raisonné » sont derrières moi… Enfin non, j’en ai toujours mais disons que j’arrive beaucoup mieux à les gérer (cf. le CR de la CCC dans la montée du Grand Col Ferret).

Ensuite l’équipement. Pas de place à l’improvisation sur ce genre d’épreuve ou le moindre petit grain de sable (c’est le cas de le dire) peut se traduire par une enchaînement de galères. Du coup j’ai tout préparé au millimètre près. Tenue, équipement, ravitaillement énergétique et traditionnel, organisation des drop bags… bref pas de place pour la hasard. Je vous laisse jeter un œil sur ma fiche équipement pour vous faire une idée.

Entre temps, Alain nous apprend que la course utilisera exactement le même parcours qu’en 2009. C’est une information très importante pour moi car du coup je connais environ la moitié du tracé (du départ à la moitié entre P7et CP8), et je sais là où j’ai fait des erreurs en 2009 et donc là où je devrai être vigilant.

On reçoit les points GPS… A leur lecture et après un rapide contrôle dans mes archives, je me rend compte que ce sont les points qui nous avaient été communiqués avant la course en 2009 mais je me souviens aussi que certains points avaient été modifiés lors des briefings, hors là je ne trouve pas de trace de ces modifications.

J’en informe Koko et Thomas aussitôt en leur indiquant de ne pas s’inquiéter et qu’on aura toutes les infos sur place.

C’est vrai que je ne vous ai pas parlé de Koko et Thomas…

Thomas, on ne se connaît qu’au travers de FB. On a pas mal échangé sur la course, le matos, la gestion, mais nous ne nous sommes jamais rencontrés.

Pour Koko (Corinne) c’est très différent. On se connaît maintenant depuis pas mal d’années et on a même eu l’occasion de courir ensemble à plusieurs reprises, dont 2 fois sur des Raid28…

Le fait de partir tous les 3 est aussi un élément important, même si une fois sur place, je sais qu’en général, le groupe ne fait plus qu’un…

La veille du départ je prépare le sac à dos… Bon ! Une fois rangés les 15 drop bags, le sac est plein au ¾… c’est que ça bouffe un coureur quand même.

Du coup, je termine le remplissage du sac avec le reste du matos, plus tout ce que je ne peux pas prendre avec moi en cabine (bâtons, pharmacie, trousse de toilette, chaussures…)

Au final je suis quand même obligé de garder avec moi en bagage cabine mon sac à dos (le DK 30L avec une petite partie de l’équipement car le sac à dos est archi bondé…

Moi qui préfère voyager très très léger en avion, c’est loupé…

Vendredi 4 novembre 16h30…

Donc nous voilà revenus vendredi après midi à Orly Sud. J’arrive en transports en commun, direction l’enregistrement. Là je retrouve Koko et Thomas derrière une file d’enregistrement qui n'avance pas, alors qu’une sympathique hôtesse me propose de passer dans la file réservée aux business… enregistrement express du sac… 19kg pour 20 autorisés. Tip Top.

Dans le hall d’embarquement je commence à retrouver quelques têtes connues (l’effet « tribu Gestin »). Alain, avec qui j’ai couru en Amazonie, Jean Claude qui était là en 2009, Dominique et Patrice, également présents en 2009 (et qui ont remporté la Trans 555 ensemble depuis), bref les contacts se nouent.

3h00 d’avion pour aller à Casablanca, puis un transfert express d’une heure pour prendre un vol Casablanca Ouarzazate.

A casa nous retrouvons les coureurs qui arrivent d’autres régions de France… Les PAM (comprenez le staff médical) composé d’Alex, les 2 Isa et de Claude, mais aussi des coureurs lyonnais ou bordelais dont Françoise avec qui j’avais fait un peu du début de la course en 2009 et Gérard, venu courir accompagné de son fils Juju et pour qui cette participation relève réellement du défi.

Nouveau vol mais rapide cette fois pour rejoindre Ouarzazate (30mn) juste histoire de passer l’Atlas et ses routes sinueuses.

Vers 22h30 on arrive à Ourazazate. Formalités douanières, puis récupération des bagages …

Les tapis présente son flot de valises et de sac, mais pas le mien… j’attends, j’attends quand au bout de 30mn, le tapis s’arrête. Un employé de l’aéroport nous informe qu’il n’y a plus d’autres bagages en cours. On est 6 ou 7 à attendre encore nos affaire, et en provenance d’aéroports multiples (pas seulement en provenance d’Orly).

Après quelques palabres, je retrouve Alain et Mustapha (notre correspondant local). On décide d’aller au comptoir des réclamations pour avoir des infos.

Après plus d’une heure trente, (c’est pas rapide rapide là bas) j’arrive enfin à faire enregistrer ma réclamation. On m’indique que le bagage est probablement resté à Casa et que du coup il arrivera ici demain soir car il n’y a qu’un vol par jour entre Casa et Ouarzazate…

Et M…. ça commence bien !

Alain me ramène à l’hôtel où sont déjà installés les autres coureurs, et je passe une première nuit dans des conditions pas tip top… mais bon je ne peux rien faire avant le lendemain.

Samedi 5 novembre

Le lendemain matin on doit quitter Ouarzazate pour rejoindre Mhamid, à 250km plus au sud. Après avoir fait des copies de tous les documents nécessaires pour permettre que le sac soit récupéré par un représentant de l’agence locale, on part pour une journée de transfert en mini bus.

Milieu d’après midi, arrivée à Mhamid à l’Hôtel Azalaï où nous étions déjà installés il y a 2 ans.

Je récupère une chambre puis je me renseigne auprès de Mustapha pour avoir des nouvelles des bagages. Il va envoyer quelqu’un à l’arrivée de l’avion ce soir (vers 23h00) pour pouvoir le récupérer. Il me laissera un SMS des que ce sera fait.

Il faut dire qu’on est samedi et que si mon sac n’arrive pas ce soir, c’est foutu pour la course (si il arrive dimanche soir, je ne pourrai jamais le récupérer avant le départ de lundi matin.)

Après un sympathique repas, direction le dodo… Je laisse le téléphone allumé en attendant les news de Mustapha.

Vers 23h45, le portable vibre. Un message s’affiche : « Michel, désolé. Ton bagage n’est pas arrivé à Ouarzazate »…

Là je prend une bonne grosse claque ! Pas de sac, ça veut dire pas de course… 2 ans de prépa fichus sans parler de l’aspect financier (le budget de la course, l’équipement, le sac…).

Je crois que je vais passer ma plus mauvaise nuit depuis fort longtemps. J’essaye d’envisager toutes les possibilités, mais avec un peu de pragmatisme celle qui revient le plus régulièrement c’est : "demande à Mustapha de te trouver un vol de retour pour Paris dès maintenant".

Dimanche 6 novembre

Au petit matin je n’ai pas l’esprit super clair. J’ai essayé de passer en revue ce que j’ai dans mon sac de course et ce qui me manque, et franchement, le topo n’est pas à une tendance favorable.

Je me rend au petit déjeuner, il n’y a pas encore grand monde de levé, mais déjà les premières questions fusent. « Alors tu as des nouvelles ? ». Ma réponse est laconique… Non rien, et on en aura pas avant cette nuit au mieux maintenant.

C’est là que va se produire le déclic… un truc auquel je n’avais même pas pensé, mais qui est probablement un des effet de ce qu’on appelle la « Tribu Gestin »…

Dès cet instant, je crois que tout le monde va venir me voir pour me demander ce qu’il me manque… non seulement les coureurs, mais aussi les PAM, le staf logistique, bref , à ce moment là va se créer un mouvement de solidarité rare… et fort .

J’essaye de lister rapidement ce qui pourrait me manquer.

En fait j’ai avec moi mon sac de course (le fameux DK30L) avec sa poche à eau. J’ai aussi un corsair long, un slip une paire de chaussettes une casquette, un TS en coton, ma gore tex et mon GPS.

Et c’est tout.

Par contre ce qui me manque ce sont avant tout les chaussures, maillot de course, coupe vent, frontale, piles (une trentaine…) tout le ravitaillement, la pharmacie (anti-frottement, de quoi soigner les ampoules les maux de ventre…) et tous les accessoires (miroir, sifflet… bref relisez ma fiche équipement et vous comprendrez.)

Bien sur, le point ultra critique là dedans ce sont les chaussures… Vous imaginez vous partir sur un semi marathon avec des chaussures que vous n’avez jamais portées ?… Alors qu’est-ce que vous diriez si il fallait courir 330km… ?

A ce moment là, je vais avoir 2 sauveurs… Joël et Franck qui tous deux me proposent une paire de chaussures taille 45 qu’ils avaient prévu pour mettre dans un drop bag à mi course. Ils sont prêts à s’en défaire juste pour me permettre de me lancer dans l’aventure…

Ensuite tout va s’enchaîner très vite. Moi qui ait toujours du mal à « demander » quelque chose, voilà que je bénéficie d’un mouvement incroyable. Un tee shirt, un coupe vent, du ravitaillement divers et varié, une frontale, des piles, … Petit à petit je vois fleurir un équipement certes hétéroclite, mais largement suffisant pour me permettre de prendre le départ de la course.

Moi qui prépare tout à la virgule près, je suis juste en train de tout remettre en cause pour me lancer dans cette aventure avec une approche plus « root » que je ne l’aurais jamais imaginée…

Cet élan de solidarité me touche vraiment. J’ai un peu de mal à l’exprimer, je ne suis pas un grand sentimental, mais franchement, je ne sais pas comment les remercier toutes et tous à ce moment là autrement qu’en effaçant d’un geste mes idées de retour en France et en décidant de prendre le départ quand même.

Les PAM me préparent une trousse à pharmacie sur mesure, Bernard, côté logistique me prête son maillot épais (pour la nuit) pour soutenir Fanny, bref, ça arrive de tous les côtés.

Là Koko va avoir une idée fort sympathique… et amusante. Elle me dit « vient on va aller dans Mhamid au supermarché pour essayer de trouver ce qu’il te manque ».

Heu Koko, on voit bien que tu ne connais pas Mhamid… Ici c’est le dernier village avant la frontière algérienne, alors le supermarché, tu l’oublies… on ira voir les petites épiceries locales, mais tu vas vite comprendre pourquoi on ne trouvera rien ici sur place.

Dans l’après midi on va donc faire un tour dans le village… Je trouve quelques paquets de gâteaux secs, mais pas grand-chose d’autre. Avec Dom, Thomas et Koko, on décide d’aller prendre le Thé chez L’Electron. On retrouve la Boussole du Sahara. Dommage car la tente berbère a laissé place à une petite cabane en dur moins typique … mais bon ça fait quand même plaisir de le retrouver là où il était resté il y a deux ans.

En fin d’après midi retour à l’hôtel. Je fais mes drop bags mais pour ça aussi il a aussi fallu trouver des sacs plastiques (merci Michel), puis répartir de façon la plus intelligente possible tout le bric à brac donné par les coureurs.

Après la règle n°1 qui dit qu’on ne doit jamais faire une compétition avec des chaussures jamais portées, voilà que je me prépare à transgresser la seconde règle de base qui veut qu’on ne teste jamais une nouvelle alimentation lors d’une compétition.

Là c’est simple, j’ai un mélange de tous les produits possibles et imaginables du marché, produit que je n’ai jamais testé en course pour la plupart… énergétiques ou pas …

Je termine tant bien que mal mes drop bag… C’est cool parce que du coup ce sera une vraie surprise à chaque CP de découvrir ce qu’il y a dedans…

Côté boisson aussi ce sera une première, puisque je n’aurai pas de boisson énergétique et que je vais donc tourner… à l’eau.

Pour le reste, j’ai récupéré un tube de nok auprès de Koko, une frontale chez Patrice, un coupe vent et un maillot chez Dom, un maillot épais chez Bernard, des piles à droite et à gauche plus quelques unes achetées dans Mhamid (avec un petit doute sur leur durée de vie…) et bien sur les chaussures de Franck. J’ai choisi les sienne parce que ce sont celles dans lesquelles je me sens le mieux (des Salomon XA Pro 3D). Franck, sur ce coup là je crois que tu vas me sauver la mise… et tu n’imagines pas encore à quel point.

Une partie de la fin d’après midi est passée à charger les points GPS des concurrents à partir du PC de l’organisation. Je me retrouve préposé à la manœuvre, mais franchement, ça me fait du bien de rendre service à mon tour aujourd’hui… Quelques plaisanteries fusent « Hé les premiers, je vous ai ajouté des points fictifs histoire de vous mettre un petit handicap… ».

Il faut aussi rassurer ceux qui ne sont pas à l’aise avec l’utilisation du GPS. C’est pourtant bien plus efficace que n’importe quel balisage, mais bon quand c’est la première utilisation, entre les waypoints, les traces les routes et tous les autres boutons, ce n’est pas toujours simple de s’y retrouver. Du coup je vais faire ce que je peux pour essayer d’expliquer simplement comment ça fonctionne… sans trop stresse les gens.

En fin de journée je suis pratiquement prêt à me lancer… j’ai un gros booster (pas mes manchons qui eux sont dans mon sac à dos) supplémentaire en emportant avec moi un petit peu de tout le monde… où comment se rajouter de la pression … sans la mousse ! Place au briefing d'Alain, rapide cette année.

Dodo tôt… J’ai besoin de souffler après cette journée difficile.

La nuit se passe pas trop mal (mieux que la précédente en fait) et j’arrive à ne pas trop penser aux bagages perdus. Par contre je décide de refondre totalement ma stratégie de course. Fini la feuille de route détaillée établie à Paris. Je conserve mon objectif de finir en moins de 4 jours (96 heures), mais vu la situation je simplifie la situation en me disant que je vais faire 5 CP sur le premier 24 heures, 4 CP ensuite, puis encore 4 et pour finir 3 CP le dernier jour. Ce sera bien suffisant comme feuille de route.

Lundi 7 novembre 6h30…

Debout là dedans…

Je file directement au petit déj… je mange bien (je ne sais pas ce que j’aurai dans les 4 jours à venir) puis je retourne à la chambre pour me mettre en tenue.

Celle-ci est on ne peut plus basique :
- Chaussures Salomon XA Pro 3D (re merci Franck)
- Chaussette DK
- Slip coton (pas glop pour la course, mais bon je n’ai que ça)
- Corsair long
- Tee shirt manches longues en coton
- Casquette saharienne (ouf celle là je l’avais dans le sac)
- Le sac à dos avec les fringues prêtées surtout pour la nuit en cas de froid

Sur la photo on voit bien que l’ensemble ne fait pas très « high tech », mais je m’en fiche… Je suis là, je vais prendre ce foutu départ malgré tout, et après tout, Alain ne nous a-t-il pas appris à gérer ses courses à la mode « rustique » ?

Un peu avant 8h, on se retrouve dans la cour de l’hôtel pour quelques photos et le remplissage des poches à eau. Petite photo avec Koko

et derniers mots d’encouragement. Je ne suis pas inquiet, je sais qu’elle peut gérer la course, mais c’est vrai que sur une telle distance, tout peut arriver.

8h00 photo de groupe devant l’entrée de l’hôtel

Et à 8h10, Alain lâche les fauves… Ça y est on est enfin dedans…



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